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En cas d' allergie alimentaire, le traitement par induction de la tolérance est
une voie thérapeutique ancienne qui connaît actuellement un regain
d¹intérêt. Cette approche thérapeutique permet d'améliorer la qualité de vie
de bon nombre d'enfants présentant une allergie alimentaire persistante. Il
faut néanmoins en connaître les limites. A partir de notre expérience
récente, nous soulevons les problèmes pratiques que soulève cette approche
thérapeutique
e-bidat2008-traitement-par-induction-de-la-tolerance-orale.pdf
C. Feuillet-Dassonval, T. Baranes, E. Bidat,
service de pédiatrie, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt
Abstract : Specific oral tolerance induction (SOTI) to food is a
significantly the patients’ quality of life. SOTI’s practical aspects
and wheat. Family’s motivation and education are crucial questions
essential.
© 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
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Quand l’allergie alimentaire perdure, quand son évolution
n’est pas spontanément favorable, il est tentant d’essayer
d’induire expérimentalement une tolérance à l’aliment en
cause. Cette pratique empirique est déjà ancienne en France et
en Italie [1–3]. Plus récemment, des essais témoins ont
confirmé son intérêt [4–6] et, depuis, les publications se
multiplient [5–9]. Cette nouvelle intervention thérapeutique,
remise au goût du jour, est une opportunité majeure pour
améliorer la qualité de vie des patients présentant une allergie
alimentaire persistante [7]. Même si des études au long cours de
suivi restent nécessaires, il apparaît dès maintenant que
l’induction de tolérance orale aux aliments (IT) est entrée
dans la pratique habituelle d’équipes rompues à la prise en
charge de l’allergie alimentaire.
Le but de ce travail n’est pas de présenter notre série en
termes de résultats ou incidents. Nous avons choisi de mettre en
avant les problèmes pratiques de l’IT qui n’apparaissent pas
toujours dans la littérature. Nous nous appuierons sur notre
expérience récente concernant l’IT pour le lait de vache, l’œuf,
le blé. Cette analyse a pour objectif d’améliorer la sélection des
patients, de mieux les informer, les préparer et, ainsi, de
prévenir les abandons et les échecs.
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Le plus souvent, nos indications d’IT sont classiques :
enfants présentant une allergie IgE-dépendante, persistante
après l’âge habituel de guérison spontanée, n’ayant pas
présenté de choc anaphylactique, avec des taux d’IgE
spécifiques plutôt bas et une dose réactogène élevée [3,10,11].
À côté de ses indications habituelles, nous avons pratiqué
avec succès des IT chez des patients avec un profil allergique
différent. Dans tous ces cas, la demande d’IT émanait des
parents et des enfants, en raison d’une mauvaise qualité de vie
rapport avec l’allergie alimentaire. Les Tableaux 1–3
présentent, respectivement, les populations pour le lait de
vache, l’œuf et le blé.
Un taux élevé d’IgE spécifique de l’aliment n’est pas
obligatoirement une contre-indication à l’IT. Chez une enfant
de neuf ans allergique au lait de vache (cas no 16) pour une dose
réactogène (DR) de 10 ml, avec des IgE caséine à 56,10 KU/l,
l’induction de tolérance a été possible sans problème. Après
sept mois de protocole, elle consomme du lait de vache sans
restriction. Une DR basse est considéré pour certains comme un
contre-indication à l’IT [12]. Nous avons pratiqué, avec
induction initiale en hospitalisation de trois jours, une IT chez
un enfant de cinq ans (cas no 1), présentant une allergie au lait
de vache pour une dose cumulée réactogène (DCR) à 0,5 ml.
L’induction a été marquée lors de la période d’hospitalisation
par la survenue d’une urticaire, d’un œdème des paupières à la
dose de 8 ml, puis une urticaire avec crise d’asthme et gène
laryngée à 38 ml. Lors de la poursuite de la progression au
domicile démarrant à la dose de 16 ml, plusieurs épisodes
d’urticaires et d’angioœdèmes sont survenus, ainsi qu’une toux
sèche. La progression reste difficile car, avec un recul de 26
mois, l’enfant ne consomme que 138 ml de lait par jour. Pour
l’enfant et sa famille, cette augmentation de DR a considérablement
amélioré sa qualité de vie, au prix certes d’incidents et
d’un « traitement » quotidien administré sous la surveillance
parentale. Malgré des antécédents de chocs anaphylactiques,
nous avons pu pratiquer une IT. Chez deux enfants, âgés de
4,8 ans (cas no 1’) et 3,6 ans (cas no 3’) une IT a été tentée, alors
qu’ils avaient présenté un choc anaphylactique lors de
l’ingestion d’œuf sous forme d’un boudoir pour l’un et lors
du test de provocation par voie orale (TPO) après une DR de
500 mg d’œuf mi-cuit pour le second. Le premier enfant
consomme actuellement des « gâteaux secs à l’œuf » sans
présenter de réaction, le second consomme régulièrement de la
quiche et de l’omelette. Le succès pour le premier enfant peut
paraître modeste, mais pour lui, il est évident en terme de
qualité de vie.
Les indications de l’IT et le niveau de tolérance de l’aliment
recherché sont souvent différents entre le médecin, les parents
et l’enfant. Initialement, nous pensions que le but était
d’aboutir à une alimentation normale pour l’aliment responsable
d’allergie alimentaire, sans aucune restriction. Rapidement,
les patients nous ont appris que leur souhait est
uniquement de diminuer le risque d’accident lors d’une
ingestion accidentelle et/ou de ne pas être gêné dans la vie
sociale. Cela est particulièrement vrai dans le cas de l’allergie
alimentaire à l’œuf. Ce qui peut paraître un échec pour le
médecin peut être un succès pour les patients. La possibilité de
consommer des gâteaux secs à l’œuf, et/ou du quatre quart ou
assimilé, est vécue largement comme suffisante pour la plupart
des allergiques à l’œuf qui gardent un dégoût pour l’œuf peu
cuit et ne souhaitent donc pas en consommer. Chez six patients
pour lesquels l’IT a permis d’augmenter la DR leur autorisant
de consommer quiche ou omelette, seulement deux en
consomment régulièrement. Les autres préfèrent limiter leur
consommation d’œuf à la prise de gâteaux secs ou à des
gâteaux avec la cuisson d’un quatre-quart. Il est donc important
de centrer les objectifs thérapeutiques sur ceux du patient et
non des parents et médecins, qui souhaiteraient une guérison
complète.
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Réticences familiales et difficultés en dehors des
incidents
Dans le schéma de progression des doses ingérées, il est
nécessaire de prendre en considération les craintes familiales
sur la survenue d’un nouvel incident, les dégoûts de l’enfant
pour l’aliment. Il est aussi indispensable de prévenir les
familles des contraintes de ce traitement.
Les réticences des parents, concernant la survenue d’un
possible, incident peuvent entraîner un allongement du
protocole. Chez un enfant de neuf ans (cas no 4), présentant
lors du TPO un angioœdème pour une DR de 90 ml de lait de
vache, il existait beaucoup de crainte de la part des parents.
Malgré le protocole que nous avions fourni, les parents ont
débuté l’IT par d’infimes quantités pour finalement arriver
à une consommation journalière de yaourts équivalente à
200 ml/j, mais en 12 mois au lieu des deux mois qui auraient
probablement été suffisants. Un enfant de neuf ans (cas no 8’),
réagissant à une DR de 1,8 g d’œuf très cuit, a refusé de
continuer l’IT par dégoût profond pour l’aliment, même avec de
l’œuf très cuit masqué, et ce, en dépit de l’absence d’effets
secondaires durant la progression. Un enfant de six ans (cas
no 11), réagissant à une DR de 60 ml de lait de vache par une
urticaire et de l’asthme, a préféré arrêter l’IT, plutôt que de
normaliser le régime, en raison de la contrainte que
représentent l’augmentation et la prise quotidienne des doses
d’aliment.
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Incidents habituels mais aussi inhabituels
Les incidents survenus dans notre série sont dans l’ensemble
assez habituels, mais aussi . . .inhabituels. Tout l’éventail des
réactions allergiques est représenté, y compris le choc
anaphylactique (Tableaux 4 et 5).
Des incidents peuvent survenir lors de la progression, mais
aussi, lors de la période d’entretien. Un enfant âgé de neuf ans
(cas no 12), réagissant lors du TPO au lait de vache pour une DR
de 60 ml, a présenté lors de la progression de l’IT, après une
dose de 15 ml, de l’asthme, de la rhinite et des troubles digestifs.
Il y a donc eu modification de seuil lors de la progression.
Des manifestations inhabituelles avec modification du seuil
déclenchant sont possibles lors de la période d’entretien. Un
enfant d’un an (cas no 9), réagissant lors du TPO pour une DR de
90 ml par des vomissements, a bénéficié sans problème d’une IT.
Alors qu’il consommait quotidiennement 180 ml trois fois par
jour de lait devache depuis 60 jours, trois heures 30 minutes après
un repas comportant un laitage habituellement consommé, il est
apparu une urticaire du visage durant sept jours, accompagnée au
troisième jour d’une diarrhée. Les laitages ont été arrêtés
complètement au troisième jour, en raison de la diarrhée ; ses
parents ne faisant pas de lien entre les signes et une reprise de
l’allergie alimentaire. Deux semaines plus tard, alors qu’il
consommait de nouveau des laitages sans problème, il est apparu
un épisode identique avec, en plus, des vomissements. Le lait et
les laitages ont été arrêtés, il n’y a pas eu de nouvelles
manifestations (Tableau 6).
Des accidents par erreur de dose sont possibles, même dans
des familles parfaitement informées et éduquées. Une enfant de
4,5 ans (cas no 7), polyallergique alimentaire, réagissant lors du
TPO au lait de vache pour une DR de 11 ml avec asthme,
urticaire, dermatite atopique, a présenté un choc anaphylactique
quand sa grand-mère lui a administré dix fois la dose de lait
prévue. . . la gestion initiale au domicile du choc a été parfaite, la
famille était bien éduquée ! Malgré un avis défavorable de notre
part, l’ITa été reprise par la famille. L’enfant ingère actuellement
une dose quotidienne de 50 ml. Un enfant de neuf ans (cas no 2’),
allergique à l’œuf, réagissant lors du TPO pour une DR de
200 mg d’œuf mi-cuit, a présenté, suite à l’ingestion accidentelle
d’un gâteau meringué pris en surplus de sa dose d’œuf cuit
prévue par le protocole, des troubles gastro-intestinaux.
Des incidents en cours de protocole qui surviennent pour une
dose inférieure à la dose qui a été bien tolérée antérieurement
sont parfois liés aux pathologies intercurrentes, mais ils ne
reçoivent pas toujours d’explication. Une enfant de 4,5 ans (cas
no 7), polyallergique alimentaire, bénéficiant d’une IT au lait de
vache, a présenté, après un arrêt de 48 heures de l’IT, en raison
d’une gastroentérite aiguë, une urticaire avec baisse de la dose
tolérée de 60 à 20 ml. Un enfant de neuf ans (cas no 6),
réagissant lors du TPO au lait de vache pour une DR de 3 ml
avec asthme, angioœdème a présenté une urticaire du visage,
des douleurs abdominales et peut-être de l’asthme après deux
cuillères à café de yaourt (équivalent à 10 ml de lait), alors qu’il
consommait quotidiennement l’équivalent de 25 ml de lait. Un
enfant âgé de neuf ans (cas no 12), réagissant lors du TPO au lait
de vache pour une DR de 60 ml, a présenté une rhinite, asthme
et prurit à la dose de 15 ml de lait. En réessayant de consommer
12 ml, des vomissements sont survenus, alors que cette dose
avait été bien tolérée antérieurement. L’IT a été arrêtée, mais
ultérieurement de la poudre de fromage présente dans des
gâteaux secs a déclenché des vomissements. Il y a donc eu
baisse importante et progressive du seuil de tolérance. Ces
incidents inattendus peuvent difficilement être anticipés.
Dans l’allergie au lait de vache, un taux bas de caséine ne
« garantit » pas l’absence d’effets secondaires lors de l’IT au
lait. Deux patients ont arrêté l’IT pour effets secondaires trop
gênants ou fréquents (urticaire, signes gastro-intestinaux).
Leurs IgE anticaséine en début d’IT étaient à 0,67 KU/l (cas
no 9) et 1,80 KU/l (cas no 10).
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Discussion
Des patients présentant lors du TPO une DR basse ou
des taux élevés d’IgE spécifiques ou ayant développé un
choc anaphylactique ont pu bénéficier avec succès de l’IT.
Ces patients ne sont donc pas à exclure systématiquement.
Récemment, des patients présentant des DR basses de lait de
vache ont bénéficié avec succès d’une IT. L’étude de Longo
et al. [8] rapporte un essai de IT chez 30 enfants réagissant à de
très faibles doses de lait de vache (moins de 0,1 ml dans six cas,
de 0,2 à 0,8 ml dans 24 cas) et présentant tous un taux d’IgE
spécifiques pour le lait de vache supérieur à 85 KU/l. Une IT
initiée en hospitalisation, sous antihistaminiques, durant les dix
premiers jours a permis après un an à 11 enfants (36 %) d’avoir
un régime normal (quantité de lait supérieure ou égale à 150 ml/
j), à 16 enfants (54 %) d’avoir une tolérance partielle (5 à
150 ml/j). Trois enfants n’ont pas réussi à monter leur dose
déclenchante au-delà de 5 ml. Par ailleurs, L’IT est parfois
possible en présence d’IgE élevées pour l’aliment, même si un
taux bas est un meilleur facteur de succès [4,5].
Lors de la discussion avec l’enfant et sa famille de cette
modalité thérapeutique, il convient de bien analyser les souhaits
et les réticences familiales. L’objectif du patient n’est pas celui
du médecin, ni celui de sa famille. Le désir profond de l’enfant
de consommer l’aliment allergène est un prérequis absolu,
dont il faut s’assurer auprès de l’enfant. . . et non auprès de ses
parents. Pour certains aliments, comme l’œuf, il faut
probablement se contenter d’aboutir à la consommation
d’une quantité d’œuf à un degré de cuisson qui permet une
vie sociale sans contrainte et sans accident. Tous les enfants ne
souhaitent pas consommer un œuf coque ! La contrainte de l’IT
ne doit pas être occultée. Nous avons, pour cette raison, observé
des abandons, alors que l’IT n’avait entraîné aucun incident.
Une adaptation, en ralentissant la progression, est à envisager si
les parents sont très anxieux. La contrainte de la progression et
le dégoût de l’allergène sont des facteurs limitants évidents
pour l’observance. Ils sont à prendre en compte au moment de
poser l’indication en les expliquant aux parents, afin de prévenir
les « échecs » non prévus.
Des incidents sont possibles en période de progression,
d’entretien, suite à une dose prévue ou à une erreur de dose. La
possibilité d’incidents survenant au cours de la progression
normale, sans erreur, doit être annoncée, pour prévenir le
découragement des patients.
La progression de l’IT doit être assimilée par la famille au
plan des doses, du rythme d’administration, de l’adaptation des
doses aux effets secondaires éventuels. La famille doit disposer
d’un protocole concernant la dose à administrer à la suite d’un
incident mineur. La gestion d’une réaction allergique doit être
bien connue : repérer les premiers signes, connaître les
médicaments à administrer et la séquence des différents
traitements, maîtriser les techniques d’inhalation (bronchodilatateurs)
et d’injection (Anapen1) sont des points à vérifier à
chaque consultation. La survenue d’incident lors de la période
d’entretien doit inciter à ne pas « baisser la garde », il faut
continuer à être vigilant en possédant toujours sa trousse
d’urgence. La progression et l’entretien doivent être faits par les
parents et sous leur surveillance pendant les deux heures
suivant la prise. La dose ne doit donc pas être donnée le soir au
coucher ni juste avant de partir à l’école. Il convient d’éviter la
prise d’aspirine et d’anti-inflammatoire non stéroïdiens et, pour
les adolescents, d’alcool, ces substances pouvant potentialiser
les réactions allergiques. Enfin, comme en témoigne le cas no 1,
l’enfant ne doit pas pratiquer d’exercice physique dans les deux
heures suivant la prise de l’allergène. La survenue d’une
anaphylaxie induite par l’exercice suite à l’ingestion de
l’aliment, alors que celui-ci est toléré s’il n’est pas suivi
d’exercice a été rapportée [13]. L’effort n’est pas le seul facteur
pouvant modifier le seuil réactogène : les infections virales,
ainsi que l’exposition pollinique ont également été suspectées
[5].
Nous n’avons pas expérimenté, pour l’instant, les éventuels
incidents qui pourraient survenir en cas de reprise de l’aliment
après interruption prolongée du protocole. Dans l’état actuel
des connaissances, le patient doit s’engager à consommer
l’aliment ultérieurement, sans interruption. Toute interruption
prolongée peut entraîner une rupture de tolérance et peut
exposer l’enfant à des réactions plus graves à l’exposition
suivante. La durée de la tolérance induite n’est pas précisément
connue et varie probablement d’un enfant à l’autre, d’un
aliment à l’autre [5,14]. |
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La motivation des familles est un préalable indispensable à
l’instauration d’une IT. Une bonne éducabilité est absolument
requise tant pour le respect du protocole que pour la gestion des
incidents. Ceux-ci ne sont pas rares et peuvent parfois être
sérieux, notamment en cas d’erreur de doses, ils peuvent
survenir en période d’entretien. Cette modalité thérapeutique
doit surtout être discutée au cas par cas, en fonction des
objectifs propres à chaque patient. Comme lors de toute
intervention thérapeutique, il faut en discuter avec l’enfant et sa
famille les bénéfices à attendre, sans occulter les contraintes, les
incidents et accidents possibles.
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