Patch tests aux aliments, sont-ils utiles ?

Etienne Bidat

En 1996, afin d’identifier les aliments parfois à l’origine de réaction retardée d’eczéma (on parlerait aujourd’hui d’allergie non IgE médiée) Erika Isolauri et Kristiina Turjanmaa eurent l’idée d’introduire des patch tests au lait. La technique du patch était bien connue dans le diagnostic de l’allergie de contact, elles l’adaptèrent au lait puis plus généralement aux aliments. Pour ces auteurs l’association des prick et patch au lait de vache permettrait de mieux cibler les enfants qui pourraient bénéficier d’un régime d’exclusion du lait de vache, dans la prise en charge de leur eczéma (1).
Par la suite la technique du patch aux aliments, ou atopy patch test fut développée dans le diagnostic des allergies alimentaires non IgE médiées, notamment par l’équipe de Berlin, Après quelques années d’utilisation, en 2006, cette équipe fait le bilan de son intérêt. Les conclusions sont sévères : les atopy patch test rendent inutiles le test de provocation aux aliments uniquement dans 0,5 à 14% des cas. De plus les auteurs remarquent que ces tests demandent beaucoup de temps et que leur interprétation nécessite un évaluateur hautement expérimenté. Leur conclusion est sans appel : les atopy patch test sont d’une faible aide en cas de suspicion d’allergie alimentaire (2).
A partir de 2006, l’utilisation des atopy patch test dans le diagnostic d’une allergie alimentaire chute de par le monde … sauf en France. Ceci est peut être en rapport avec la promotion d’une étude française, publiée en 2005 (3).
Par la suite les études retrouvent des résultats discordants en rapport avec la faible reproductivité de la technique (4).
Finalement en 2014, les recommandations indiquent que les atopy patch test ne sont pas recommandés dans le diagnostic habituel de l’allergie alimentaire, qu’ils manquent de standardisation. Elles confirment que les études antérieures donnent des résultats variables. Elles indiquent que les atopy patch test peuvent être utiles uniquement pour orienter sur les aliments pouvant intervenir dans l’œsophagite à éosinophile, les atopy patch test étant associés aux prick-tests et au dosage des IgE … tout en précisant que les atopy patch test n’ont pas été standardisés et validés dans l’œsophagite à éosinophile ! (5).

  1. Isolauri E, Turjanmaa K. Combined skin prick and patch testing enhances identification of food allergy in infants with atopic dermatitis J Allergy Clin Immunol 1996;97:9-15.
  2. Mehl A, Rolinck-Werninghaus, C, Staden U, Verstege A , Wahn U, Beyer, K, Bodo Niggemann, B. The atopy patch test in the diagnostic workup of suspected food-related symptoms in children. J Allergy Clin Immunol 2006;118:923-9.
  3. Kalach N, Soulaines P, de Boissieu D, Dupont C . A pilot study of the usefulness and safety of a ready-to-use atopy patch test(Diallertest) versus a comparator (Finn Chamber) during cow’s milk allergy in childrenJ Allergy Clin Immunol. 2005;116:1321-6.
  4. Jesenak M, Banovcin P, Rennerova Z, Jakusova L, Havlicekova Z, Pohanka V, Villa MP, Ronchetti R. Reproducibility of food atopy patch tests over time in the general child population. Int J Dermatol. 2009 ;48:941-6.
  5. Hugh A. Sampson, Seema Aceves, S. Allan Bock et al. Food allergy: A practice parameter update—2014. J Allergy Clin Immunol 2014;134:1016-25.
Publié le 14 janvier 2016 - Mis à jour le 28 septembre 2016