Moutarde, allergie chez l’enfant

 

© Dr Fabienne Rancé
Mise à jour le 15 septembre 2003

La prévalence des allergies allergies alimentaires augmente. La répartition des allergènes alimentaires se modifie avec les changements de nos habitudes alimentaires. Les allergies nouvelles ou à attendre dans les années à venir chez l’enfant comportent les fruits exotiques, les légumineuses comme le lupin, les oléagineux (noix de cajou, noix de pécan…) et également la moutarde. L’allergie à la moutarde correspond à la quatrième allergie alimentaire de l’enfant, derrière l’oeuf, l’arachide et le lait de vache (1)

 

Les allergènes de la moutarde

La moutarde appartient à la famille des Brassicaceae. C’est un mélange de Sinapis alba (moutarde blanche) et Brassica juncea (moutarde orientale). L’allergène majeur, Sin a I, est une protéine thermostable, résistante à la digestion par la trypsine et à la dégradation par les enzymes protéolytiques (2, 3). Il existe 3200 espèces et 375 genres de Brassicaceae. Les plus connus comprennent le radis, le rutabaga, les différentes variétés de choux (chou-fleur, choux de Bruxelles, chou-rave, chou chinois), les broccolis, le navet, le cresson, le raifort et le colza. Cependant, les réactions croisées avec traduction clinique entre moutarde et autres Brassicaceae sont rares. Il existe également des réactions croisées avec les pollens d’armoise (4). La France est le pays Européen le plus grand consommateur de moutarde, devant l’Allemagne et la Grande-Bretagne.
La moutarde est utilisée pour ses vertus thérapeutiques : stimulant de l’appétit, laxatif, expectorant, antiseptique et répulsif au cours des traitements des angines, bronchites, pharyngites, rhumatismes et les éruptions cutanées (5). La moutarde est présente dans l’alimentation en tant qu’épices, condiment ou ingrédient (liant et releveur du goût des plats préparés). La moutarde commerciale, mélange de graines de moutarde, contient également du sel, du sucre, de l’amidon, de la farine de blé, des additifs (colorants et stabilisateurs) et d’autres épices (estragon, cannelle, clou de girofle et poivre) (5, 6).

Les signes cliniques

L’allergie à la moutarde est précoce, souvent relevée avant l’âge de 3 ans (7). L’apparition d’une allergie à un très jeune âge s’explique par la possibilité de sensibilisation in utéro, par le biais de l’allaitement maternel et par la présence de moutarde dans les petits pots et plats préparés pour nourrissons. Chez l’enfant, l’allergie à la moutarde s’exprime par un eczéma (51,8%), une urticaire ou un angio-œdème (37%), un asthme (9,2%) et oedème laryngé avec syndrome oral et rhinoconjonctivite (1,8%) (7). Les observations de choc anaphylactique sont rapportées uniquement chez l’adulte (8-14).

Le bilan allergologique

Comme pour les autres allergies alimentaires, le diagnostic d’allergie alimentaire à la moutarde est basé sur la positivité des prick tests, du dosage d’IgE spécifiques et surtout du test de provocation par voie orale précisant la dose déclenchante et les signes cliniques. Des substances irritantes comme les isothiocyannates et la capsaicine présentes dans la moutarde sont vraisemblablement responsables des nombreux tests cutanés faussement positifs et de l’inutilité du test de provocation labial. La valeur seuil des IgE spécifiques établie par la courbe ROC est de 19,8 kUL en technique CAP system, Pharmacia (avec une valeur prédictive positive de 80%) (7). Ce qui revient à dire que pour une valeur d’IgE spécifiques supérieure à 19,8 kU/L, le diagnostic d’allergie à la moutarde est porté dans 80% des cas. Le diagnostic d’allergie à la moutarde est authentifié par la positivité du test de provocation par voie orale (TPO). Du fait du goût prononcé de la moutarde, le TPO est réalisé en ouvert ou en simple aveugle.

Le traitement

Le traitement repose sur l’éviction de la moutarde et des produits pouvant en contenir (tableau 1). La moutarde est un allergène masqué rendant le régime difficile. L’étiquetage des produits finis doit être amélioré. La moutarde peut être présente sous la seule dénomination « épice ». Il n’existe pas, à notre connaissance, de désensibilisation spécifique comme cela a été décrit pour l’arachide (15).

L’évolution

L’évolution de cette allergie alimentaire n’est pas connue. Nous avons relevé une seule évolution favorable parmi 15 enfants allergiques à la moutarde (7). L’allergie à la moutarde doit être ré-évaluée tous les 2 ans par test de provocation.

Conclusion

L’allergie à la moutarde concerne des enfants jeunes, souvent âgés de moins de 3 ans. Les voies de sensibilisation retenues sont in utéro, par l’allaitement maternel ou par la consommation de moutarde contenue dans les plats préparés pour nourrissons. Les symptômes sont moins sévères chez l’enfant que chez l’adulte. Le régime d’éviction est difficile du fait d’un étiquetage pas toujours adapté et du caractère masqué de la moutarde. La moutarde est un allergène à inclure dans les tests de dépistage de l’allergie alimentaire chez l’enfant, comme cela a été suggéré il y a quelques années pour l’arachide. L’évolution de l’allergie à la moutarde doit être évaluée par un suivi allergologique régulier.

Références

  1. Rancé F, Kanny G, Dutau G, Moneret-Vautrin DA. Food hypersensitivity in children: clinical aspects and distribution of allergens. Pediatr Allergy Immunol 1999;10:33-38.
  2. Gonzalez de la Pena MA, Monsalve RI, Batanero E, Villalba M, Rodriguez R. Expression in Escgerichia coli of Sin a 1, the major allergen from mustard. Eur J Biochem 1996;237:827-832
  3. 3. Monsalve RI, Gonzalez de la Pena MA, Menendez-Arias L, Lopez-Otin C, Villalba M, Rodriguez R . Characterization of a new oriental-mustard (Brassica juncea) allergen, Bra j IE : detection of an allergenic epitope. Biochem J 1993;293:625-632.
  4. Caballero T, Esteban M, Garcia Ara C, Pascual C, Ojeda A. Relationship between pollinosis and fruit or vegetable sensitization. Pediatr Allergy Immunol 1994;5:218-222.
  5. Malet A, Valero A, Lluch M, Bescos M, Amat P, Serra E. Hypersensitivity to mustard seed. Allergy 1993;48:62-63.
  6. Jorro G, Morales C, Braso JV, Pelaez A. Mustard allergy: three cases of systemic reaction to ingestion of mustard sauce. J Invest Allergol Clin Immunol 1995;5:54-56.
  7. Rancé F, Abbal M, Dutau G. Mustard allergy in children. Allergy 2000 ;55 ;496-500.
  8. Caballero MT, Padial A, San-Martin MS, Barranco P, Contreras J, Moreno A, Cabanas R, Lopez-Serrano MC. Mustard hypersensitivity as a cause of anaphylaxis. J Allergy Clin Immunol 1997;99:S145.
  9. Panconesi E, Sertoli A, Fabbri P, Giorgini S, Spallanzini P. Anaphylactic shock from mustard after ingestion of pizza. Contact dermatitis 1980;6:294-295.
  10. Monreal P, Botey J, Pea M, Marin A, Eseverri JL. Mustard allergy. Two anaphylactic reactions to ingestion of mustard sauce. Ann Allergy 1992;69:317-320.
  11. Widstrom L, Johansson SGO. IgE-mediated anaphylaxis to mustard. Acta Derm Venereol 1986;66:70-71.
  12. Kanny G, Fremont S, Talhouarne G, Nicolas JP, Moneret-Vautrin DA. Anaphylaxis to mustard as a masqued allergen in  » chicken dips « . Ann Allergy Asthma Immunol 1995;75:340-342.
  13. Jorro G, Morales C, Braso JV, Pelaez A. Mustard allergy: three cases of systemic reaction to ingestion of mustard sauce. J Invest Allergol Clin Immunol 1995;5:54-56.
  14. Vidal C, Diaz C, Saez A, Rodriguez M, Iglesias A. Anaphylaxis to mustard. Postgrad Med J 1991;67:404.
  15. Nelson HS, Lahr J, Rule M, Bock A, Leung D. Treament of anaphylactic sensitivity to peanuts by immunotherapy with injections of aqueous peanut extract. J Allergy Clin Immunol 1997;99:744-751.

 

Tableau 1 : Conseils en cas d’allergie à la moutarde

Paragraphe La moutarde est une épice de la famille botanique des brassicaceae. Les autres brassicaceae comportent le colza, le rutabaga, le chou et ses variétés, le navet, le radis, le cresson et le raifort. Cependant, l’allergie à la moutarde est rarement associée à une allergie aux autres brassicaceae.
La moutarde est présente dans l’alimentation sous 3 formes :

  1. condiment : moutarde, moutarde forte, moutarde à l’ancienne
  2. ingrédient : sert de liant et relève le goût des plats préparés
  3. masqué sous la dénomination  » épice  » sans autre précision

 

Lire attentivement l’étiquetage

La moutarde est présente dans l’alimentation sous 3 aspects :

  • condiment : moutarde, moutarde forte, moutarde a l’ancienne
  • ingrédient : elle sert de liant et relève le goût des plats préparés
  • masquée sous la dénomination « épice » sans autre précision

Le régime sans moutarde supprime de l’alimentation les produits dont la liste des ingrédients contient le mot « moutarde » ou le mot « épices » sans autre précision.

  • Moutarde, moutarde forte, moutarde à l’ancienne, Savora
  • Sauces crudités et vinaigrettes du commerce
  • Sauces condimentaires : ketchup (pas tous), picallili (Heinz), sauce béarnaise
  • Cornichons, pickles, légumes au vinaigre
  • Mayonnaises du commerce
  • Courts bouillons, potages déshydratés, bouillons déshydratés de poule, de boeuf, de volaille
  • Purées déshydratées
  • Plats et légumes cuisinés du commerce
  • Certains biscuits apéritifs et autres produits pour apéritif

Attention aux Fast-food Mc Donald’s : présence de moutarde ou de sauces avec épices dans les hamburgers, cheeseburgers, nuggets, Big mac, Mac bacon, Filet-o-fish… et dans le chausson aux pommes
Liste non exhaustive
Lire attentivement les étiquettes
© Dr Fabienne Rancé, Sylviane Bermond
mise à jour le 16 juin 2003

 

Publié le 15 avril 2013 - Mis à jour le 15 avril 2013