Vacances-enfant allergique

 

© Dr Etienne BIDAT

Lors des vacances, beaucoup d’ enfants vont quitter leur cadre de vie habituel, s’éloigner de leur médecin traitant. 20 à 25% de ces enfants sont allergiques,
quels problèmes vont-ils rencontrer,
à quels risques sont-ils exposés,
que conseiller à leurs parents ?

Les allergènes des vacances

Les principaux allergènes chez l’enfant sont les acariens de la poussière de maison, les pollens, les phanères d’animaux et tout particulièrement du chat, les blattes et les aliments. Si ces allergènes sont présents sur le lieu de vacances, le risque d’apparition d’une pathologie allergique est important.
Dans les maisons de vacances, ouvertes seulement pendant la période des congés, les acariens de la poussière de maison prolifèrent. Les literies sont souvent anciennes, elles renferment d’importantes quantités d’acariens.
Lors des camps, les sacs de couchage en duvet peuvent libérer un véritable aérosol d’acariens.
Les grandes vacances sont l’occasion d’activités en extérieur, elles favorisent l’inhalation de pollens.
En plaine, les pollens de graminées ont le plus souvent disparu et ne gênent pas l’enfant allergique, mais en montagne des quantités importantes de pollens de graminées sont présentes dans l’atmosphère jusqu’au début du mois d’août. Les pollens de chénopodes, auxquels 10% des enfants asthmatiques sont sensibilisés, sont présents du milieu à la fin de l’été. Enfin la pariétaire pollinise tout l’été dans le midi de la France.
Le camping, les vacances à la ferme, favorisent les contacts avec les animaux auxquels l’enfant peut être sensible. Mais surtout l’enfant allergique au chat présente un risque important de manifestations allergiques; dans une maison louée, si les précédents locataires possédaient un chat, il persiste dans l’air une importante quantité d’allergènes qui peut être suffisante pour déclencher des manifestations allergiques chez l’enfant sensibilisé.
Les jeux en extérieur augmentent le risque de piqûres par les hyménoptères.
L’alimentation en dehors du domicile permet un moins bon contrôle des nutriments chez l’enfant présentant une allergie alimentaire.

D’autres facteurs déclenchent aussi des manifestations d’allure allergique

  • Les irritants – les efforts – ou les émotions, déclenchent des manifestations d’allure allergique.
  • La ventilation des voitures véhicule de nombreux irritants parfois responsables de crise d’asthme, de rhinite ou de conjonctivite.
  • Les promenades sur les plages ventées peuvent être responsables des mêmes effets.
  • Les vacances sont l’occasion d’une dépense physique plus fréquente qui peut déclencher un asthme induit par l’exercice.
  • Enfin lors des vacances, les facteurs émotionnels sont souvent présents, ils participent au déclenchement des manifestations d’allure allergique.

Mieux vaut prévenir…

Il est préférable de débuter par des mesures préventives non médicamenteuses ou médicamenteuses. S’ils sont insuffisants il faut ajouter un traitement curatif. Ce schéma thérapeutique doit être appliqué chez l’enfant allergique en vacances.

    • Les mesures préventives non médicamenteuses : éviter le contact avec l’allergène.
      • Chez l’enfant allergique aux acariens de la poussière de maison il faut, si possible, lui réserver la chambre la plus ensoleillée pourvue d’une literie synthétique. La maison sera aérée plusieurs jours avant son arrivée. Le plus important est d’isoler la literie par une housse imperméable aux acariens. Une feuille de plastique « PVC » entourant le matelas et l’oreiller est efficace, mais très inconfortable. Les housses de matelas et d’oreiller en coton gainé de polyuréthane ont fait la preuve de leur efficacité, de leur confort, dans des essais contrôlés. Elles sont utilisées au domicile et lors des déplacements.Elles permettent d’isoler l’enfant des acariens de la literie.

      • Chez l’enfant allergique au chat il est plus difficile de s’assurer qu’aucun félin n’a pénétré dans la maison. Mais peut être, dans quelques années, verra-t-on comme aux USA des locations garanties « sans chat ».
      • Les vacances à la montagne ont bonne réputation chez les parents d’enfants allergiques. Si leur progéniture est sensible aux pollens de graminées les séjours en altitude au mois de juillet ne sont pas recommandés sans traitement préventif.
      • Afin d’éviter les piqûres d’hyménoptères les jeux pieds nus dans l’herbe lors des fortes chaleurs sont déconseillés.
    • Les mesures préventives médicamenteuses : renforcement du traitement  préventif, ou mise en route d’un traitement  préventif pour les « séjours à risques »
  • Allègement du traitement si l’été lui est plus favorable.
    • Le choix du traitement préventif est fonction de la sévérité de l’atteinte, et de l’organe cible.
    • Pour l’asthme : les  corticoïdes inhalés (présentation adaptée à l’âge et aux possibilités de l’enfant).
    • Pour les rhinites et conjonctivites : les antihistaminiques H1 modernes éventuellement couplés aux antidégranulants.
  • Fournir par écrit un plan de traitement curatif, à débuter dès les premiers signes de gêne. Ce plan de traitement est adapté à la pathologie, mais surtout au niveau des connaissances des parents de la maladie de leur enfant ; les limites de l’automédication doivent être indiquées. Pour l’asthme les béta 2 adrénergiques inhalés sont rajoutés au traitement préventif dès l’apparition des signes annonciateurs de crise, ou mieux, si l’enfant utilise un débitmètre de pointe (peak flow), dès la baisse du débit de pointe au dessous d’une valeur préalablement définie. Il est impératif de rappeler que si une crise n’est pas améliorée ou améliorée moins de 4 heures par les béta 2 adrénergiques correctement inhalés, il faut prendre un avis médical immédiat. Néanmoins les parents parfaitement éduqués peuvent, dans cette situation, ajouter d’eux-même une corticothérapie orale dont les modalités ont été au préalable parfaitement définies. Pour les rhinites et/ou conjonctivites une corticothérapie locale peut être nécessaire en cas d’insuffisance du traitement préventif. Chez l’enfant qui a déjà présenté un pré-choc ou un choc anaphylactique il est indispensable que les parents possèdent de l’adrénaline auto-injectable (Anakit©, Anahelp©) afin de pratiquer eux-même l’injection si l’enfant représente une nouvelle manifestation et qu’aucun médecin n’est disponible

Quelques « trucs » chez l’asthmatique

Chez l’asthmatique les traitements préventifs ou curatifs se font de préférence par inhalation. L’enfant est rarement capable d’utiliser correctement les aérosols doseurs, force est alors de le coupler à une chambre d’inhalation. Malheureusement ces chambres sont encombrantes et difficiles à loger dans les valises des vacances. Dès l’âge de 4-5 ans l’enfant peut souvent utiliser correctement les inhalateurs de poudre qui remplacent avantageusement, et pour un plus faible encombrement, le couple aérosol doseur-chambre d’inhalation. Les inhalateurs de poudre sont disponibles pour certains traitements préventifs  et pour les béta 2 adrénergiques. Chez le plus petit incapable d’utiliser un inhalateur de poudre le traitement peut être poursuivi avec une chambre d’inhalation de petit volume. Si la chambre d’inhalation a été oubliée, il est toujours possible d’en fabriquer une de fortune avec une bouteille de plastique percée dans son fond.
Le débitmètre de pointe est une aide précieuse pour adapter au mieux, pendant les vacances, le traitement d’un asthme « gênant ». En fonction des valeurs du débit de pointe préalablement définies, des plans de traitements curatifs sont prévus.

En synthèse…

Chez l’enfant allergique connu, les vacances sont pour le médecin l’occasion d’évaluer le programme éducatif entrepris pendant l’année. Un enfant allergique correctement informé et « éduqué » doit prévenir les situations à risque et connaître l’attitude à adopter si malgré les mesures préventives des manifestations cliniques se déclarent.
Mais les vacances sont parfois l’occasion de révéler ou de déclencher des manifestations allergiques. Un bilan est toujours nécessaire au retour de ces vacances afin de proposer un traitement adapté qui permet de mieux contrôler les manifestations qui risquent de survenir ultérieurement.

 

Publié le 15 avril 2013 - Mis à jour le 15 avril 2013