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Dermatite atopique et Allergie alimentaire
quels liens ?
Etienne Bidat
Dès la naissance de l’allergologie,
au début du XXéme
siècle, l’amélioration de la dermatite atopique par un
régime d’éviction alimentaire est soulignée (1).
Par la suite des résultats contradictoires ont été publiés,
et le sujet est devenu passionnel. Actuellement, bien que de nombreuses
données
de la littérature soient disponibles, le corps médical reste
divisé sur les relations entre dermatite atopique et allergie alimentaire
(2). Dans une période ou il existe des pressions familiales … et
industrielles pour explorer les eczémas et prescrire des régimes
alimentaires, il nous paraît nécessaire de préciser la
notion de sensibilisation alimentaire dans la dermatite atopique,
et de différencier
dermatite atopique avec allergie alimentaire ou par allergie alimentaire.
Un test allergologique positif, quelque soit ce test, ne signifie
pas forcément
qu’il existe des manifestations cliniques, il peut s’agir d’une
simple sensibilisation. Une dermatite atopique peut s’accompagner d’allergie
alimentaire, sans que cette dernière ne soit à l’origine
de poussées d’eczéma. Les informations qui suivent permettent
de mieux comprendre les recommandations de la conférence de consensus
sur la prise en charge de la dermatite atopique de l’enfant.
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Dermatite atopique
et sensibilisation alimentaire.
La sensibilisation aux aliments (tests cutanés
ou sanguins positifs) est fréquente chez les enfants atteints
de dermatite atopique. Pour Burks elle concerne 60 % des enfants
consultant dans un service d’allergologie pédiatrique
(3). Cette sensibilisation est d’autant plus fréquente
que la dermatite atopique est sévère et elle constitue
un élément de mauvais pronostic (4). Mais la sensibilisation
alimentaire ne s’accompagne pas toujours d’une allergie
alimentaire. Seulement 14 % des enfants qui ont des tests cutanés
en prick positif au soja présentent des manifestations cliniques
lors de l’ingestion de soja ; dans la même série
57 % des enfants qui ont des tests cutanés positif à l’oeuf
présentent des manifestations cliniques lors de l’ingestion
; pour le lait le pourcentage est de proche de 50 %(3). Il est donc
fréquent, en cas de dermatite atopique, d’avoir des
tests d’allergie positifs, mais cela ne signifie pas qu’il
existe une allergie alimentaire lors de l’ingestion d’aliments.. |
Dermatite atopique et allergie alimentaire
La dermatite atopique est associée à une
allergie alimentaire dans 0 à 96 % des observations (3, 5-7). Pour
Guillet une allergie alimentaire est associée à l’eczéma
que dans les dermatites atopiques sévères, et ce dans 96%
des obervations. Le même auteur ne retrouve pas d’allergie alimentaire
dans les formes mineures et modérées de l’affection
(7). L’association est d’autant plus fréquente que la
dermatite atopique est sévère et que l’enfant est jeune
(7, 8). Ito retrouve une allergie alimentaire dans 85,7 % des eczémas
chez les moins de un an, mais chez les plus de 7 ans ce pourcentage chute à 13,9%
(8). Le plus souvent les aliments sont responsables de signes cutanés à type
de rash, et non d’eczéma. C’est probablement le rash
prurigineux, qui entraine des lésions de grattages qui sont à l’origine
des lésions de dermatite atopique. Parfois l’ allergie alimentaire
est responsable de signes autres que l’eczéma. Chez l’enfant
peu d’aliment sont en cause, pour Burks sept aliments sont en cause
dans 89 % des associations dermatite atopique et allergie alimentaire (lait
de vache, œuf de poule, arachide, soja, farine, poisson, noix de cajou)
(3). Quatre vingt cinq pour cent des enfants ne réagissent qu’à un
ou deux aliments, les polyallergies alimentaires sont rares dans cette association,
comme en général en allergie alimentaire pédiatrique.
Il est donc plus interessant de rechercher une allergie alimentaire si la
dermatite atopique est sévère et survient chez un nourrisson. |
Dermatite atopique par allergie
alimentaire
Il est difficile de prouver la filiation directe entre
allergie alimentaire et dermatite atopique. Néanmoins Lever montre
que chez 55 enfants atteints de dermatite atopique et sensibilisés à l’œuf,
un régime d’éviction s’accompagne d’une
diminution de la sévérité et de la surface de la dermatite
atopique par rapport au groupe témoin qui ne bénéficie
que des mesures usuelles de traitement (9). Niggemann, lors de test de provocation
alimentaire, observe une dermatite atopique dans 38 des 77 tests positifs à un
aliment (10). Chez certains enfants, il existe donc une relation directe
entre allergie alimentaire et poussée de dermatite atopique, mais
beaucoup moins souvent que ne le suggère les tests cutanés
positifs. |
Quand et comment rechercher une
allergie alimentaire
en cas de dermatite atopique
Les parents évoquent fréquemment l’ allergie
alimentaire en cas de dermatite atopique. Ceci peut conduire à des
régimes “sauvages”, source de carence nutritionnelle
(11, 12). Chez un enfant présentant une dermatite atopique il faut
rechercher une allergie alimentaire quand les parents l’évoquent,
ceci afin de l’affirmer ou l’infirmer et ainsi éviter
des régimes inutiles et parfois déséquilibrés.
En allergie alimentaire il est relativement facile d’éliminer
une allergie alimentaire, les tests ayant une valeur prédictive négative
très élevée (13). Il n’y a aucune raison de laisser
des parents dans le doute sur une éventuelle allergie alimentaire
car il existe un risque d’auto-prescription de régime qui peut
aboutir à des carences nutritionnelles. Il faut aussi rechercher
une allergie alimentaire dans les dermatites atopiques modérées
et surtout sévères nécessitant un traitement lourd,
même chez les nourrissons allaités. Un traitement efficace
de la dermatite atopique associe des conseils d’hygiène et
de vie, l’utilisation pluri-quotidienne d’émollients
et surtout l’emploi raisonné de dermocorticoides. D’autres
situations cliniques imposent une enquête allergique, même si
celle ci n’est pas exclusivement orientée vers la recherche
d’une allergie alimentaire : dermatite atopique associée à une
cassure de la courbe de poids et taille, dermatite atopique associée à des
manifestations évoquant une allergie alimentaire ( syndrome oral,
urticaire, choc anaphylactique …), dermatite atopique associée à des
signes évoquant une allergie respiratoire, dermatite atopique associée à des
signes évocateurs d’une allergie de contact (14). Il n’est
pas logique, en l’absence d’orientation clinique, de se lancer
dans le bilan étiologique d’un eczéma du nourrison tant
que celui ci n’a pas été correctement traité,
avec emploi notamment de dermocorticoides. Le plus souvent un traitement
simple contrôle l’eczéma … et celui ci disparaît
avec la croissance. S’il est facile d’exclure une allergie alimentaire,
la prouver repose sur une démarche rigoureuse. Cette démarche
diagnostique en allergie alimentaire associe histoire clinique qui est la
base de l’enquête allergique, les prick tests, dosage d’IgE
spécifiques, patchs tests ne faisant que renforcer une suspicion
diagnostique. Le dernier mot revient au régime d’éviction
et au test de provocation qui ne doivent être raisonnablement proposés
qu’en cas de forte suspicion (13). |
En conclusion
Il existe donc des liens étroits, mais non constants,
entre dermatite atopique et allergie alimentaire. Même
en cas de dermatite atopique par allergie alimentaire, cette
pathologie reste pluri-factorielle et une prise en charge
globale, de tous les facteurs à son origine est nécessaire. |
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Références : (Medline abstracts)
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Soc 1915 ; 27 : 62-8.
- Hanifin JM. Critical evaluation of food and mite allergy in the
management of atopic dermatitis.J Dermatol 1997 ; 24 : 485-503
- Burks AW, James JM, Hiegel A, Wilson G, Wheeler JG, Jones SM.
Atopic dermatitis and food hypersensitivity reaction. J Pediatr 1998; 132: 132-6
- Wolkerstorfer
A, Wahn U, Kjellman NIM, Diepgens T, de Longueville M, Oranje A.
Natural course of sensitization to cow's milk and hen's
egg in childhood atopic dermatitis : ETAC study group. Clin Exp Allergy
2002 ; 32 : 70-3
- Eigenmann P, Sicherer SH, Borkowski TA, Cohen BA, Sampson HA. Prevalence
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Pediatrics 1998 ; 101 : E8
- Niggemann B, Sielaff B, Beyer K, Binder C, Wahn U. Outcome of double
blind placebo-controlled food challenge tests in 107 children with
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- Guillet G, Guillet MH. Natural history of sensitizations in atopic
dermatitis. A 3 year follow up in 250 children : food allergy and high
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- Ito K, Morishita M, Ito A, Sakamoto T, Torii S. Immediate type food
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J Pediatr 1998 ; 132 : 1004-9
- Allergie alimentaire chez l'enfant. Fabienne Rancé, Etienne Bidat.
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- Prise en charge de la dermatite atopique de l'enfant. Conférence
de consensus. Disponible sur : http://www.sfdermato.com/pdf/Conf-cons-2dec.pdf
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