Asthme ou Syndrôme D’Hyperventilation

ASTHME OU SYNDROME D’HYPERVENTILATION

Etienne Bidat., 25 août 2014 

Le syndrome d’hyperventilation pulmonaire (SHV) est  fréquent chez l’enfant et pourtant mal connu. Le diagnostic est difficile car les symptômes sont identiques à ceux d’autres pathologies, comme l’asthme. Dans le domaine respiratoire, l’asthme est souvent associé. Le diagnostic est facilité par le recours à un questionnaire standardisé. Le retard diagnostique conduit à une surconsommation médicale et des examens inutiles. La prise en charge est multidisciplinaire, non encore codifiée.

Le SHV est défini par une variété de signes somatiques affectant plusieurs systèmes (tableau 1).Ces signes sont induits par une hyperventilation physiologiquement inappropriée et couramment reproductibles par une hyperventilation volontaire. Sa fréquence est classiquement estimée à 6-10% dans la population générale. En utilisant, chez l’enfant et l’adolescent, le questionnaire syndrome d’hyperventilation Ambroise Paré (SHAPE), celui ci est positif chez 18,6% des non asthmatiques et chez 55% des asthmatiques. Ce questionnaire manque probablement de spécificité, mais ces résultats donnent une idée de la prévalence de cette pathologie.

La forme chronique, la plus fréquente

Elle est caractérisée par un polymorphisme clinique qui peut masquer le diagnostic pendant de nombreuses années (jusque 10 ans de retard diagnostique). Les signes observés concernent plusieurs appareils : respiratoire, musculo-squeletique, cutané, cardio-vasculaire, digestif … (tableau 1). Les signes peuvent être récurrents ou continus, avec occasionnellement une majoration des symptômes. L’intensité des signes est variable, de discrète à sévère, avec une tolérance variable. Tous ces signes peuvent coexister, mais parfois ils sont isolés et le diagnostic est alors plus difficile. La forme chronique peut être associée à d’autres pathologies. L’asthme est fréquemment associé. Plus de 30% des asthmatiques présenteraient un  SHV associé.

Tableau 1 : Signes respiratoires rapportés dans le syndrome d’hyperventilation pulmonaire

Dyspnée invalidante mais variable, à type de gêne à l’expiration ou l’inspiration

Sifflements à l’inspiration ou l’expiration

Difficulté à prendre une inspiration profonde

Soupirs

Raclements de gorge

Bâillements

Reniflements

Toux diurne ou nocturne

Episodes de dysphonie

Sensation de corps étranger dans la gorge

Blocages respiratoires

Un diagnostic qu’il faut évoquer

Le diagnostic est difficile étant donnée la multiplicité des symptômes pouvant égarer vers une atteinte organique cardiaque, neurologique, abdominale, rhumatologique, respiratoire et/ou psychiatrique. Les méthodes diagnostiques restent  controversées. L’interrogatoire est un temps capital. Pour le faciliter, beaucoup utilisent chez l’adulte des questionnaires standardisés comme celui de Nijmeggen En utilisant une méthodologie proche nous avons établi pour l’enfant et l’adolescent un questionnaire simplifié  composé de 17 items  (tableau 2). Un score de 25 et plus est en faveur du diagnostic. L’examen clinique peut être normal. On remarque souvent une respiration un peu rapide, des soupirs, des reprises inspiratoires et des raclements de gorge, un comportement anxieux. L’observation attentive révèle fréquemment une respiration abdominale paradoxale : l’enfant  inspire en rentrant son ventre et n’arrive pas à avoir une respiration abdominale si on le lui demande. Le diagnostic peut être étayé par un test d’hyperventilation volontaire provoquant la reproduction des symptômes. Certaine mettent en doute la notion d’hypocapnie comme élément essentiel au diagnostic, puisque l’hyperventilation en isocapnie peut aussi bien induire les mêmes symptômes chez certains sujets. D’autres pensent que, quand le SHV est évoqué, le diagnostic repose uniquement sur l’efficacité de la rééducation respiratoire axée sur les symptômes allégués, les autres pathologies étant exclues. L’étude des gaz du sang artériel peut être utile : la PaCO2 peut être basse, mais elle est souvent normale en dehors des crises. On privilégie actuellement l’étude de la PetCO2 (contenu du CO2 dans le gaz expiré, en fin d’expiration), au repos et après épreuve d’hyperventilation. Lors du SHV le temps de récupération de la  PetCO2 est plus long que chez un sujet normal. Dans les formes associées à l’asthme, la seule façon de différencier un SHV de l’asthme est d’explorer lors d’une période symptomatique la fonction pulmonaire. Chez l’enfant et adolescent, il existe fréquemment une plainte lors ou au décours de l’effort. L’exploration fonctionnelle respiratoire de base et après effort, confrontée au ressenti de l’enfant, permet de différencier ce qui dans la plainte revient à l’asthme  ou à un autre désordre respiratoire.

 

Tableau 2

  « Jamais ou presque jamais »

 

« Quelquefois »

 

 

 

« Souvent ou très souvent »

 

       
       
Raclement de gorge 0 3 6
Toux le jour 0 3 6
Toux au coucher 0 3 6
Boule dans la gorge 0 3 6
Blocage de la respiration 0 3 6
       
       
Difficulté à prendre une inspiration 0 1 2
Soupir 0 1 2
       
       
       
Anxiété 0 3 6
Difficulté d’endormissement 0 3 6
Maux de tête 0 3 6
Crampes 0 3 6
Gonflement du ventre 0 3 6
       
       
Douleurs articulaires 0 1 2
Maux de ventre 0 1 2
Douleurs changeantes 0 1 2
Réveils nocturnes 0 1 2
Peau qui gratte 0 1 2
TOTAL PAR COLONNE

 

0    
SCORE TOTAL

 

 

 Une prise en charge pluri disciplinaire

Dans les formes chroniques les auteurs sont unanimes pour affirmer que la prise en charge doit passer par une rééducation respiratoire. Le suivi psychologique est parfois utile. Il est à proposer quand la famille est prête à l‘accepter. Dans un premier temps la rééducation respiratoire est bien acceptée, c’est généralement souvent dans un deuxième temps que le suivi psychologique est entrepris, s’il est utile. Il est une exception. Certaines familles consultent pour « un asthme difficile à contrôler ». Quand prudemment vous évoquez le diagnostic de SHV et que les parents vous répondent que c’est ce qu’ils évoquaient eux mêmes depuis longtemps, la prise en charge psychologique est alors rapidement acceptée. Une thérapie comportementale avec hypnose a été suggérée par certains, elle s’est avérée efficace. Chez les enfants présentant un asthme associé il leur est parfois difficile d’identifier l’origine de la gêne respiratoire : asthme ou SHV. L’introduction d’un appareil ambulatoire de mesure du VEMS permet de différencier les manifestations dues à l’asthme de celles en rapport avec le SHV. Les traitements inutiles par bronchodilatateurs, corticoïdes oraux, ou renforcement du traitement de fond  sont ainsi évités. L’identification par le patient des signes du SHV permet de sortir de la séquence gêne expiratoire-asthme-traitement par bronchodilatateurs à courte durée d’action institué de façon systématique, quelle que soit l’origine des signes : asthme ou SHV.

Une évolution chez l’enfant rarement favorable

Il est important de connaître l’existence du  SHV chez l’enfant et l’adolescent afin de ne pas le laisser évoluer vers l’âge adulte. Dans une étude avec suivi pendant 25 ans de 34 enfants présentant un SHV, âgés de 6 à 18 ans, 40% d’entre eux présentaient encore ce syndrome à l’âge adulte.

Références

Baranes T, Rossignol B, Stheneur C, Bidat E. Hyperventilation syndrome in children. Arch Pediatr. 2005 ; 12 : 1742-1747.

Sznajder M, Stheneur C, Baranes T, Fermanian C, Rossignol B, Chevallier B, Bidat E. Diagnostic value of the SHAPE questionnaire in recognition of the hyperventilation syndrome in children: a pilot study. Arch Pediatr 2009 ; 16 : 1118-23.

Gridina I, Bidat E, Chevallier B, Stheneur C. Prevalence du syndrome d’hyperventilation chronique  chez les enfants et les adolescents. Arch Pediatr 2013 ; 20 : 265-8.

Barker NJ, Jones M, O’Connell NE, Everard ML. Breathing exercises for dysfunctional breathing/hyperventilation syndrome in children. Cochrane Database Syst Rev. 2013 Dec 18;12:CD010376. doi: 10.1002/14651858.CD010376.pub2.

Grammatopoulou EP, Skordilis EK, Georgoudis G, Haniotou A, Evangelodimou A, Fildissis G, Katsoulas T, Kalagiakos P. Hyperventilation in asthma: A validation study of the Nijmegen Questionnaire -NQ. J Asthma. 2014 ; 29 : 1-8.

 

 

Publié le 25 août 2014 - Mis à jour le 25 août 2014