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Allergies croisées
© Dr Etienne Bidat
Les manifestations allergiques (asthme, rhinite,
eczéma, conjonctivite …) apparaissent quand un sujet sensibilisé à un allergène (animal, pollen, aliment,
acarien …) rencontre cet allergène. Le contact avec un allergène qui a une origine taxonomique proche peut
aussi déclencher des manifestations allergiques : l'enfant allergique à son chat réagit en présence des
lions du cirque ; un adolescent présentant un rhume des foins avec une espèce de pollens de graminées,
le dactyle, présente les mêmes réactions allergiques lors du contact avec une autre espèce de graminées,
la phléole. Ces manifestations d’allergie vis à vis d’allergènes différents, sans qu’il y ait eu une sensibilisation
préalable à chacun de ces allergènes, sont les allergies croisées. Les allergies croisées sont d’autant
plus fréquentes que les espèces sont plus proches.
Mais, à côté des allergies croisées aisément explicables par la parenté taxonomique, il existe des allergies croisées plus surprenantes
où les allergènes sont issus de sources très différentes. Ces allergies croisées entre des allergènes de
sources différentes étaient peu connues, et rares, il y a 20 ans. Quelques cas d’allergies croisées ont
d’abord été décrits, puis ils sont devenus de plus en plus fréquents. Les allergies croisées sont maintenant
plus qu’une simple curiosité, elles sont fréquentes. Les allergies croisées entre les pneumallergènes (pollens-pollens,
acariens-acariens) sont bien connues, nous nous arrêterons sur les allergies croisées de connaissance plus
récente.
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Allergie croisée aux aliments et allergie aux pollens
Les sujets allergiques aux pollens présentent deux à trois
fois plus fréquemment une allergie alimentaire que la population générale. Les signes les plus fréquents sont
un prurit des lèvres et de la bouche, un oedème labial, une sensation de picotement vélo-palatin dès l'ingestion
du fruit ou du légume cru. Si l'ingestion de l'aliment se poursuit, on peut observer des symptômes plus sévères
: conjonctivite, rhinite, asthme, oedème laryngé, anaphylaxie. Le plus souvent, les signes de la pollinose
précèdent ceux de l'allergie alimentaire. Les associations les plus fréquemment décrites sont : une allergie
aux pollens de bouleau et aux fruits ou légumes ; une allergie aux pollens de composées (armoise, ambroisie)
et au céleri ou aux épices ; une allergie aux pollens de graminées et à la tomate ou pomme de terre ou poivron.
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Allergie croisée aux acariens-escargots-crevettes
Il existe des sensibilisations croisées entre les acariens,
les escargots et la crevette. La prévalence des sensibilisations aux escargots est de 8 à 17% chez les patients
sensibilisés aux acariens.
Syndrome oeuf-oiseau Après une exposition de plusieurs semaines (ou mois) aux antigènes aviaires, certains individus développent une allergie
alimentaire à l'oeuf.
Allergie croisée chat-porc Elle associe une allergie à la viande de porc et une allergie aux chats.
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Allergie croisée aliments-latex
La prévalence de l'allergie au latex dans la population générale
est estimée entre 1 et 6,4%. Cette proportion est plus forte chez les sujets atopiques (9,5%), le personnel
de santé (10,7%), les patients multi-opérés et les spina-bifida (18 à 73%). La liste des réactions croisées
entre le latex et les aliments s'allonge périodiquement. Les aliments les plus fréquents sont la banane, l'avocat,
le kiwi et la châtaigne. La découverte d’une allergie alimentaire pour un aliment qui peut présenter les réactions
croisées avec le latex impose de rechercher une allergie croisée avec le latex. Si l’allergie au latex est
confirmée, il faut alors prendre les précautions d’usage en évitant les contacts avec les objets pouvant contenir
du latex, et surtout, il faut prévenir que toute intervention chirurgicale doit se dérouler dans une « atmosphère
sans latex ».
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Allergie croisée aliments-aliments
En cas d’allergie à un fruit ou à un légume, plusieurs aliments
d’une même famille peuvent être impliqués dans la survenue des symptômes. Néanmoins, cette éventualité est
assez rare, comme cela est illustré pour l’arachide : l'arachide fait partie de la famille des légumineuses,
l'association à une allergie aux autres légumineuses (pois, soja, fèves, haricots, lentilles, lupin) n’est
relevée que chez 4 à 5% des patients allergiques à l’arachide. L’allergie aux autres légumineuses se manifeste
le plus souvent par des réactions plus modérées, comme un syndrome oral. Par contre, l'association à une allergie
aux oléagineux (noisette, amande, noix, pistache, pignon, noix de cajou, noix du Brésil) est plus fréquente,
pouvant atteindre, dans notre expérience, la moitié des allergiques à l’arachide. Les protéines des laits de vache, de chèvre, de jument ou d'ânesse présentent une allergénicité croisée dans 70% des cas.
Ceci va contre la substitution du lait de vache par les laits d'autres mammifères au cours d’une allergie prouvée
au lait de vache, tout particulièrement chez le grand enfant où l’allergène prédominant est la caséine. Il existe des allergies alimentaires croisées à des viandes de différents animaux par l’intermédiaire d’une sensibilisation
à la sérum albumine. Les allergies croisées entre différents crustacés et les mollusques sont liées à une protéine commune, la tropomyosine.
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Une
sensibilisation croisée n'entraine pas obligatoirement une allergie
On parle de sensibilisation à un allergène quand
les tests allergologiques cutanés ou sanguins sont positifs. Toutefois le présence d'une sensibilisation
n'implique pas obligatoirement qu'il se produira une réaction allergique clinique (asthme, rhinite, eczéma,
conjonctivite …). De même la positivité de tests cutanés ou sanguins pour des substances pouvant entrainer des réactions croisées n'implique
pas obligatoirement qu'il se produira une réaction allergique clinique : une sensibilisation croisée
peut ne pas traduire par une allergie croisée et il n’y a donc pas de signe clinique. Par exemple, les
études portant sur les graminées et la tomate montrent que l’allergie croisée est cinq à sept fois moins
fréquente que la sensibilisation croisée ; dans le cas de la réaction croisée bouleau-pomme, pêche, noisette,
l’allergie croisée est deux à trois fois moins fréquente que la sensibilisation. La sensibilisation croisée
est plus souvent retrouvée au niveau des tests plasmatique (présence d’IgE spécifiques) que des tests
cutanés. La constatation de tests positifs pour des substances pouvant entrainer des réactions croisées
doit conduire à un complément d'exploration allergologique
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