IgG et diagnostic des allergies alimentaires ?

© E. Bidat

De plus en plus souvent des régimes d’éviction sont conseillés, après un bilan sanguin, en raison de la présence d’IgG vis à vis d’aliments. Ces régimes sont souvent étendus à plusieurs aliments, altèrent la qualité de vie des patients, et sont parfois source de carences nutritionnelles. Ces dosages, non pris en charge par la caisse d’assurance maladie, étaient jusqu’à il y a peu de temps effectués en Belgique ou au Luxembourg, mais depuis peu des laboratoires Français les proposent. Que faut-il en penser ?.

La présence d’IgG vis à vis d’un ou de plusieurs aliments témoigne uniquement d’un contact de l’organisme avec l’aliment, mais en aucun cas il ne s’agit d’un mécanisme d’hypersensibilité, d’intolérance ou d’allergie. De manière générale, en allergologie, la présence d’un test positif ne signe pas l’allergie. C’est la confrontation de l’histoire du patient et du test qui permettent d’approcher le diagnostic, qui sera éventuellement confirmé par un test de provocation..

Le dosage d’IgG vis à vis d’un ou de plusieurs aliments peut paraître simple et séduisant mais en fait il n’apporte aucun argument en faveur du diagnostic d’hypersensibilité, d’intolérance ou d’allergie alimentaire. Ce dosage est pratiqué dans de nombreux pays en Europe et aux Etats Unis. L’Académie Européennes d’Allergologie et d’Immunologie Clinique a condamné cette technique (1), l’avis de cette société a été confirmé par l’Académie Américaine d’Allergologie d’Asthmologie et d’Immunologie (2) qui condamne aussi le dosage des autres sous classes d’IgG..

Nous vous proposons une traduction résumée de l’abstract des recommandations de l’Académie Européennes d’Allergologie et d’Immunologie Clinique  (1) : Les tests sérologiques pour le dosage des immunoglobulines G4 (IgG4) contre les aliments sont promus pour le diagnostic d’une hypersensibilité alimentaire. De nombreux patients croient que leurs symptômes sont liés à l’ingestion d’aliments, sans qu’il n’existe une relation évidente entre les prises d’aliments et le déclenchement des signes. Chez ces patients, le dosage des IgG vis à vis des aliments représente un marché important. Par cette technique de nombreux dosages sont positifs sans correspondance avec les symptômes cliniques. Ces résultats, combinés à l’absence d’études et de preuves du rôle des IgG4 chez l’homme dans l’hypersensibilité alimentaire, ne permettent pas d’attribuer un dosage positif d’ IgG4 à une allergie ou une intolérance alimentaire. En revanche la présence d’IgG4 contre les aliments indique que l’organisme a été exposé de façon répétée à ces aliments. La présence d’IgG4 ne doit pas être considéré comme un facteur qui induit une hypersensibilité, mais plutôt comme un indicateur de la tolérance immunologique à l’aliment.

 

Conclusion

la présence d’IgG spécifiques des aliments n’indique ni une allergie alimentaire ou un risque d’allergie alimentaire, ni une intolérance alimentaire. Cette présence reflète plutôt un état physiologique, une réponse du système immunitaire après exposition à des aliments. Par conséquent, les tests d’IgG à des aliments sont considérés comme non pertinents pour le diagnostic d’allergie ou d’intolérance alimentaire et ne doivent pas être effectuée.

Références

1. Stapel SO, Asero R, Ballmer-Weber BK, Knol EF, Strobel S, Vieths S, Kleine-Tebbe J; EAACI Task Force. Testing for IgG4 against foods is not recommended as a diagnostic tool: EAACI Task Force Report. Allergy. 2008 ; 63 :793-6.

2. Bock Allan S. AAAAI support of the EAACI position paper on IgG4. J Allergy Clinical Immunology 2010 ; 125 : 1410 (correspondence).

 

Publié le 15 avril 2013 - Mis à jour le 15 avril 2013