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Le soja est-il un aliment très allergisant, faut-il en avoir peur ?
© Etienne Bidat Le 5 septembre 2005
Cent cinquante-cinq millions de tonnes de soja sont produites annuellement (chiffres 2004),
dont 50 % par les Etats unis. Quatre-vingt-dix-sept pour cent de ce soja sont utilisés pour la consommation
animale, trois pour cent pour la consommation humaine. Le soja complet est utilisé pour produire soja grillé, farine de soja, aliments traditionnels
(miso, lait de soja, sauce, tofu, tonyu …), huile de soja et ses produits dérivés (acides gras,
lécithines). Le soja est utilisé dans différents produits : viandes, produits crémiers,
produit de boulangerie, produits céréaliers et laits infantiles. Le soja contient des facteurs anti-nutritionnels
tels les inhibiteurs de la trypsine ou des lectines, il ne peut pas être consommé s’il n’a
pas été au préalable traité industriellement. Les traitements sont variables suivant le
produit souhaité. Le traitement thermique inactive les facteurs anti-nutritionnels, les autres traitements possibles
sont le trempage, le broyage, la coagulation des protéines, la fermentation par les moisissures, la création
d’hydrolysât, le cracking des graines, l’extrusion des protéines. Tous ces traitements entraînent
des modifications structurales et fonctionnelles des protéines, et donc des modifications de l’allergénicité des
produits finis. Ainsi les produits fermentés (miso, shoyu ou sauce de soja) dans lesquels les protéines
sont totalement hydrolysées par les protéinases des micro-organismes ne contiennent plus d’allergènes
(1).
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L’allergie au soja est rare chez l’enfant
L’allergie au soja ne concerne
que 1,1 % de 505 enfants âgés en moyenne de 69 mois qui sont suspects d’allergie alimentaire.
Cette allergie ne touche qu’un des 243 enfants à « haut risque d’allergie », nourris
pendant 6 mois par un lait de soja (2)...
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Quatorze pour cent des enfants avec allergie IgE médiée aux protéines du
lait de vache sont allergiques au soja
Chez 93 enfants, âgés de 3 à 41 mois, qui ont
une allergie alimentaire prouvée, IgE médiée au lait de vache, seulement 12 ont un test
de provocation par voie orale positif au soja. Les 81 enfants qui présentent un test de provocation par
voie orale négatif au soja sont nourris pendant un an au lait de soja. Un seul présentera une allergie
au soja dans un tableau de syndrome d’allergies alimentaires multiples (3). Les publications antérieures
rapportant des fréquences élevées d’allergie au soja associée à une
allergie alimentaire au lait de vache concernent principalement des allergies non IgE médiées,
et les procédures diagnostiques sont contestables (3).
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Le soja, un pneumallergène
Les différentes « épidémies
d’asthme » observées à proximité du port de Barcelone, ont été rattachées
aux particules de soja libérées dans l’atmosphère lors du déchargement des
bateaux (4). L’allergène en cause a pu être identifié, c’est une protéine
de 8-kDa, appelée Gly m 1.
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Danger des lécithines de soja ?
Les lécithines de soja sont obtenues à partir
d’huile de soja. Si elles renferment des protéines la quantité doit être infime, et
celle-ci ne peut pas déclencher une réaction allergique clinique (5).
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Danger du soja génétiquement modifié ?
Le soja enrichi en méthionine,
grâce au transfert du gène de la noix de Brésil n’a pas été commercialisé en
raison des risques allergiques. Pour Herman (6), le soja génétiquement modifié ne présente
pas plus de risque allergique que le soja « naturel », la biotechnologie permettra de produire un
soja à l’allergénicité diminuée.
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Faut-il avoir peur des isoflavones chez le petit nourrisson ?
À la fin des années
90 une abondante littérature mettait en garde contre le contenu en isoflavones des laits de soja. Ce taux élevé pourrait être
responsable d’effet biologique (7). L’analogie des isoflavones avec les œstrogènes fait
redouter des effets secondaires cliniques. Dans les études à court terme, il n’a pas été montré d’effet
clinique, et la tolérance des laits à base de soja est excellente chez les petits nourrissons,
néanmoins certains souhaitent un suivi prolongé, jusque l’âge adulte, de ces enfants
nourris par ces laits (8).
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Danger du soja chez l’allergique à l’arachide.
Chez l’allergique à l’arachide
la sensibilisation au soja est fréquente (10 à 53 %), mais cette sensibilisation ne se manifeste
cliniquement que chez 2,3 à 11 % des enfants sensibilisés (in 9). Le danger et la gravité des
accidents par allergie au soja chez l’allergique à l’arachide ont été soulevés
dès 1999. Dans une étude Suédoise prospective (1993-96), Foucard et al (10) relèvent
61 accidents graves par allergie alimentaire. Cinq accidents conduisent au décès : le soja est
en cause 4 fois. Ces 4 patients avaient une allergie
connue à l’arachide, mais n’avaient jamais
présenté de réaction antérieure avec le soja. Douze enfants ont développé une
réaction très sévère ; le soja est en cause six fois, l’arachide quatre fois,
la noix de Brésil et l’œuf une fois. Pour l’ensemble des 61 réactions, le soja
est en cause 16 fois, l’arachide 20 fois et les fruits à coque 9 fois (10). Dans cette série,
il apparaît donc que le soja est plus souvent que l’arachide à l’origine de réaction
létale et très sévère … surtout chez l’allergique à l’arachide
!
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Danger de l’alimentation par le lait de soja : un facteur de risque de développement
d’une allergie à l’arachide ?
Dans une étude de cohorte, Lack et al ont essayé de
définir les facteurs de risques d’une allergie à l’arachide. Dans le suivi des 13 971
enfants d’âge préscolaire, un questionnaire retrouve une allergie alimentaire à l’arachide
chez 49 enfants (0,35 %), cette allergie est confirmée chez 23 des 36 enfants chez qui il a été pratiqué un
test de provocation par voie orale. Parmi les facteurs de risque retenus, l’allergie à l’arachide
est associée de façon indépendante avec la consommation de lait de soja ou d’une formule à base
de soja (odds ratio 2,6 ; IC à 95 % 1,3 à 5,2) (11).
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Danger du soja chez l’allergique aux bétulacées
Les réactions
croisées soja - pollens de bouleau sont décrites, Gly m 4 est l’allergène majeur du
soja chez ces patients. Soixante et onze pour cent des patients allergiques aux bétulacées et sensibilisés à Bet
v 1 (IgE> 17, 5 kU) sont aussi sensibilisés à Gly m 4, et 9,6 % d’entre eux rapportent
une allergie au soja. La teneur en Gly m 4 des aliments contenant du soja dépend des processus de fabrication,
Gly m 4 n’est pas détecté dans les produits issus de la fermentation (sauce de soja, miso),
un chauffage prolongé détruit aussi Gly m 4 (12).
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Conclusion
L'analyse de la littérature actuelle montre qu'il n'y a pas
lieu de craindre le soja plus qu'un autre aliment. Après avoir subit la pression négative
des industriels pour limiter la consommation du soja sous forme de lait, notamment chez les
allergiques aux protéines du lait de vache, l'impression est qu'il existe actuellement
une pression positive d'autres industriels pour favoriser la consommation de protéines
de soja chez le grand enfant et l'adulte. Chez l'enfant de moins de 3 ans, suite au
communiqué de l'AFSSA de juillet 2005, il est maintenant difficile de conseiller
un « lait
de soja », maintenant appelé « jus de soja ». Néanmoins il faut
rappeler que le comité de nutrition de la Société Française de Pédiatrie
de 2001 réserve la possibilité d'utiliser les formules de soja après 6 mois
en cas d'allergie IgE dépendante aux protéines du lait de vache. En effet, certains
enfants qui présentent toujours une allergie aux protéines du lait de vache à 6-12
mois, ou surtout qui développent tardivement cette allergie, refusent les hydrolysats traditionnels
en raison de leur palabilité. |
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Références : (Medline abstracts)
- Franck P. Modification de l’allergénicité du soja selon les technologies industrielles.
Alim’Inter 2003 ; 8 : 42-46.
- Bruno G. Giampietro PG. Del Guercio MJ et al. Soy allergy is not common
in atopic children : a multicenter study. Pediatr Allergy Immunol 1997 ; 8 : 190-193.
- Zeiger
RS, Sampson HA, Bock SA et al. Soy allergy in infants and children with IgE-associated cow’s milk allergy.
J Pediatr 1999 ; 134 : 614-622.
- Anto
JM, Sunyer J, Rodriguez-Roisin R, Suarez-Cervera M, Vazquez L.. Community outbreaks of asthma associated with
inahalation of soybean dust. N Engl J Med 1989 ; 320 (17) : 1097-1102.
- http://www.foodallergy.org
- Herman EM. Genetically modified soybeans and food allergies. Journal of Experimental Botany 2003 ; 54 : 1317-1319.
- Setchell KD, Zimmer-Nechemias, Cai J, Heubi JE. Exposure of infants to phyto-oestrogens from soy-based infant formula.
Lancet 1997 ; 350 : 815_816.
- Mendez MA, Anthony MS, Arab L. Soy-based formulae and infant growth and development
: a review. J Nutr 2002 ; 132 : 2127-2130.
- Bidat E, Muller MH, Just J, Grimfeld
A. Allergie à l’arachide,
la cacahuète est-elle dangereuse ? . Rev Fr Allergo 2003 ; 43 : 524-526.
- Foucard T, MalmhedenY.
A study on severe food reactions in sweden-is soy protein an underestimated cause of food anaphylaxis ? Allergy
1999 ; 54 : 261-265.
- Lack G, Fox D, Northstone K et al. Factors associated with the development of peanut
allergy in childhood. N Engl J Med 2003 ; 348 : 977-985.
- Mittag D et al. Soybean allergy in patients
allergic to birch pollen : Clinical investigation and molecular characterization of allergens. J Allergy
Clin Immunol 2004
; 113 : 148-154.
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Tofu (lait de soja coagulé)
 Yuba (mince
pellicule qui se forme à la surface du lait de soja en refroidissant)
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